Sade, dans l’oeil de l’expert Pierre Prevost

Pierre Prevost, expert avec Eric Fosse de la vente Sade nous livre son regard sur le Marquis de Sade.

Vous avez bâti cette vente unique autour du Marquis de Sade. Comment avez-vous vécu cette proximité avec Sade et cette découverte de son quotidien si peu connu ?

En tant que libraire et expert en livres anciens, pouvoir côtoyer la face peu connue d’un écrivain à travers ses manuscrits, est ce qui me fait rêver le matin quand je me lève… alors suivre et découvrir des facettes méconnues du Marquis de Sade, fut un véritable plaisir pour moi pendant cet hiver, lors de la rédaction du catalogue. Comme beaucoup, la première chose qui me vient à l’esprit quand on évoque Sade sont ses écrits sulfureux. J’ai donc appris à découvrir l’homme, sous ses diverses facettes, avec ses excès, dans son quotidien , avec ses souffrances, son génie, son désir d’être reconnu comme un véritable écrivain complet, touchant tous les genres littéraires, romans, contes, fables, théâtre…

A travers cette vente, quelles facettes de Sade avez-vous découvert ?

J’ai surtout découvert un homme entier, sans concession, et dont les déboires furent à la fois source d’une grande souffrance, mais sans doute également le terreau de l’écrivain qu’il fut.

Sade vous est devenu proche. Quels sont les objets ou écrits, présentés à cette vente, qui vous ont le plus marqué, étonné ou ému ?

Dans cette vente, le document que je préfère est sans doute, le manuscrit (n° 48 de la vente) dans lequel il livre ses réflexions sur ce qu’il ferait s’il était à la place de sa belle-mère. Quelle gymnastique d’esprit quand on connait leurs relations, faites d’inimitié, de haine… et sans doute aussi même s’il ne l’avoua jamais, d’un sentiment d’admiration pour cette forte femme, qui sut, mieux que quiconque, gérer ses affaires.

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Ce document n°48 est un curieux et surprenant manuscrit de Sade intitulé « Réflexion que je ferai à la place de Mde la présidente de Montreuil« , alors en détention, qui se met à la place de sa belle- mère : « Je me dirais, il n’est malheureusement que trop clair, qu’à la manière dont cet homme s’y prend et sa détention, et tout ce qu’on lui fait, il n’aura à cœur dès qu’il sera dehors, que de me mettre dans le cas de dire et d’avouer, que j’ai fait une sottise, et que je m’y suis mal pris. Il ne s’attachera et ne s’occupera que de cela, c’est clair… cette conduite le perdra encore… Cependant il s’y aveuglera. L’acharnement de la vengeance et le désir extrême de me prouver que j’ai eu tord… ».

La page se termine par la phrase suivante : « …mais la rage, la bêtise et la méchanceté sont-elles capables, d’autre-chose que de radoter et de punir ».

Au verso, une liste d’objets à lui fournir : de l’encre, un bâton de cire d’Espagne, des ouvrages de lecture : Marianne, roman de Marivaux ; Roselli, ou l’infortuné napolitain ; Les Lettres juives…

 

Information sur la vente

Vente aux enchères publiques – Hôtel Drouot – Mercredi 15 juin 2016, à 15h

Expositions publiques – Mardi 14 juin 2016 de 11h à 18h et Mercredi 15 mai 2016 de 11h à 12h

Commissaires-Priseurs : Tessier-Sarrou

Experts manuscrits et documents : Eric Fosse – Pierre Prevost

Relations Presse : Anne d’Artigue

Le catalogue détaillant les lots présentés est disponible ici.

Photos : @Tessier&Sarrou

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