Sade, un athée en amour – Exposition à la Fondation Bodmer

« C’est maintenant, ami lecteur, qu’il faut disposer

ton cœur et ton esprit au récit

le plus impur qui ait jamais été fait depuis que le monde existe »

Longtemps le seul nom de Sade (1740-1814) a été objet de scandale, d’exécration puis, au contraire, d’admiration lyrique. Pour le bicentenaire de sa mort, il est temps de le présenter comme un moment essentiel de notre histoire culturelle.
Il est à replacer dans de longues traditions, celle de la littérature amoureuse depuis Pétrarque (la famille de Sade descend de Laure, chantée par le poète italien), celle d’une lignée aristocratique provençale éprise d’honneur, celle des dissidences intellectuelles et morales. Comment comprendre les ruptures qu’il incarne, ses obsessions de violence et de sexe ?

Entre l’Italie où il connaît des cavales heureuses et la prison où il passe la moitié de sa vie, entre le passé antique et féodal dont il se réclame et la Révolution dont il craint les massacres, le marquis, devenu citoyen Sade, bascule dans l’imaginaire et le romanesque. Il nous laisse une œuvre inachevée, en partie détruite, qui est un défi. Ce défi, les intellectuels du XXe siècle se sont crus obligés de le relever. Des romanciers ont trempé leur plume dans son encre, on pense à Jacques Chessex. Les préjugés et les rumeurs, les a priori nationalistes ont parasité sa lecture, mais Sade s’impose désormais, comme un écrivain essentiel et comme un penseur de nos contradictions.

L’exposition propose un regard nouveau sur un auteur majeur qu’il est urgent de débarrasser des préjugés et des lieux communs pour le lire dans ses œuvres et dans ses écrits les plus intimes : un auteur qui résume son siècle et sa passion du plaisir, mais aussi ses abîmes, ses gouffres, tout ce qui fait de Sade l’inventeur de la modernité en littérature, le précurseur d’une science de l’inconscient, l’analyste implacable des passions les moins avouables. L’exposition de la Fondation Martin Bodmer invite chaque spectateur à juger par lui-même, preuves en mains.

La Fondation Bodmer à Genève propose jusqu’au 12 avril 2015 son exposition « Sade, un athée en amour » sur les traces du Marquis.

Commissariat

Prof. Michel Delon
avec la collaboration du Prof. Jacques Berchtold

http://fondationbodmer.ch/expositions-temporaires/sade-athee-en-amour/

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